Un Riad, Une grande histoire

SOUGTANA est le nom d’une tribu berbère du Grand Atlas.
Taliouine, grand village à 1800 mètre d’altitude sur la route d’Agadir vers Ouarzazate, en fut l’un des principaux fiefs. Elle s’était distinguée durant plusieurs siècles par la solidarité infaillible de ses membres, son organisation inégalée parmi ses consœurs (répartie en plusieurs fiefs solidaires mais chacun était dirigé par son propre chef), ses guerriers valeureux et ses chefs lettrés maniant à bon escient la stratégie des alliances et de coopération avec les tribus voisines. Les atouts précités lui permirent d’étendre son influence et son contrôle sur tout le versant sud du Grand Atlas et de disposer ainsi d’un large territoire favorable à l’essor de ses activités d’élevage et de céréaliculture.

L’un des chefs de la tribu dont le nom a pu être retenu par la descendance s’appelait Si Omar Sougtani (environ entre 1760 et 1830). Etant ainsi la personne la plus importante du fief, il veilla à préparer son fils ainé à sa succession : Ali qu’il s’appelait (environ entre 1790 à 1880) put accéder à l’enseignement coranique, aux sciences religieuses et d’histoire.

Son père l’avait associé dès son jeune âge à l’art de gérer les différents entre la population de sa tribu, au savoir-faire de la négociation et de l’entretien de bonnes relations et même la passation de pactes avec les tribus amies et/ou adverses, et aussi parfois aux actes guerriers contre les ennemis.

La renommée Ali fils de Omar Sougtani fut rapportée vers 1860 au roi du Maroc Hassan Premier (environ 1820 / 1900). Le roi profita d’une sortie de chasse à la gazelle dans la région et envoya ses éclaireurs pour demander à ce notable du Grand Atlas de s’associer à la chasse puisqu’il était censé bien connaître le pays.

Ce dernier ne pouvait espérer tant d’honneur et mobilisa toute sa tribu pour accueillir le souverain comme il se devait. Le roi ne manqua pas de remarquer que son hôte méritait bien sa renommée et qu’il avait aussi deux fils (Omar et Hocine) déjà adultes et tous deux lettrés et valeureux comme leur père.

Fondation d’Oumnas

Pour remercie Ali fils de Omar Sougtani, pour sa sollicitude, le roi Hassan premier lui demanda de lui envoyer ces deux fils à qui il désirait confier une mission de haute importance. C’est ainsi dit-on qu’Omar et Hocine ont été désignés Caids (représentants de l’autorité du roi) dans une région qui s’étendait à partir de Tameslouhte (15 km au sud de Marrakech vers Amizmiz) sur un territoire d’environ 70 km de rayon vers le Haut Atals

et dont Oumnas deviendra après sa fondation (vers 187O) la capitale de la tribu Sougtana. Pour s’installer dans leur fonction qui consistait à gouverner cet espace au nom du pouvoir central du roi, les deux frères ramenèrent la majorité de leurs proches et de leurs guerriers et choisirent ce site auquel ils donnèrent le nom d’Oumnas (nom emprunté parait-il à un village de la région où ils vivaient avant).

Achèvement de la construction du riad et de la grande Kasbah.

Les deux frères Omar et Hocine contrôlèrent rapidement le territoire qui leur a été affecté après quelques guerres, entre autres celle contre les Goundafas qui connut la mort de Hocine (les Goundafas l’avait fait prisonnier et l’avait décapité). C’est son frère Omar qui acheva le rehaussement de la tribu des Sougtana

au rang d’une tribu détenant le pouvoir sur une grande partie du Haouz de Marrakech. Vers 1875 il termina la construction du Riad et de la Grande Kasbah (côté est du Riad) après que la petite Kasbah (élevée à l’ouest du Riad) eût été détruite et saccagée lors d’un raid de la tribu Goundafa

Le Caïd Omar Sougtani participa à une Harka (expédition militaire) qui avait coalisé plusieurs tribus offusquées par la signature du protectorat français.

Les français ont décimé la dite Harka et fait prisonnier ses chefs dont Caïd Omar Sougtani. Condamné à mort, il passa plusieurs mois dans une prison appelée Mesbah à Fès, avant que le Maréchal français Liautey ne prône une nouvelle politique de pacification des tribus rebelles, basée entre autre sur la réhabilitation des chefs de tribus arrêtés.

Ils furent libérés et reçurent alors chacun un Dahir (acte solennel signé par le roi) et reprirent leurs fonctions en tant que représentants du roi chacun dans son fief. Le Caïd rentra à Oumnas et se consacra à l’activité la plus importante à son avis, l’agriculture.

Parallèlement au grand intérêt qu’il accorda à l’agriculture, le Caid Omar Sougtani reprit son œuvre de bâtisseur jusqu’en 1934, date à laquelle il mourrut

à la survivance de trois fils, dont l’ainé Caid Mohamad Sougtani, fut nommé par Dahir dans le poste de son père.

Mohamad Sougtani quitta son poste au lendemain de l’indépendance du Maroc et garda tout au long de sa vie le prestige de la famille Sougtani et la paternité de la tribu des Sougtana dont il aimait parler avec une fierté inégalée. Il mourut en 1968 sans laisser de descendance. Aujourd’hui ce sont nous, ses neveux, qui essayons de faire revivre ces lieux chargés d’histoire dont, hélas, nous ne connaissons que les quelques bribes que nous venons de vous citer.