Un Riad, Une grande histoire

SOUGTANA est le nom d’une tribu berbère du Grand Atlas.
Taliouine, grand village à 1800 mètre d’altitude sur la route d’Agadir vers Ouarzazate, en fut l’un des principaux fiefs. Elle s’était distinguée durant plusieurs siècles par la solidarité infaillible de ses membres, son organisation inégalée parmi ses consœurs (répartie en plusieurs fiefs solidaires mais chacun était dirigé par son propre chef), ses guerriers valeureux et ses chefs lettrés maniant à bon escient la stratégie des alliances et de coopération avec les tribus voisines. Les atouts précités lui permirent d’étendre son influence et son contrôle sur tout le versant sud du Grand Atlas et de disposer ainsi d’un large territoire favorable à l’essor de ses activités d’élevage et de céréaliculture.

L’un des chefs de la tribu dont le nom a pu être retenu par la descendance s’appelait Si Omar Sougtani ( Sektani ) environ entre 1760 et 1840). Etant ainsi la personne la plus importante du fief, il veilla à préparer son fils ainé à sa succession : Ali qu’il s’appelait (environ entre 1800 à 1880) put accéder à l’enseignement coranique, aux sciences religieuses et d’histoire.

Son père l’avait associé dès son jeune âge à l’art de gérer les différents entre la population de sa tribu, au savoir-faire de la négociation et de l’entretien de bonnes relations et même la passation de pactes avec les tribus amies et/ou adverses, et aussi parfois aux actes guerriers contre les ennemis. Après la mort de son père c’est lui qui devenu vers 1840 chef de la tribu Sougtana (Sektana).

Haj Ali O Omar (Haj : parce qu’il avait fait le pèlerinage et O Omar : fils de Omar) fut non seulement un bon chef de sa tribu après la mort de son père, mais il gagna aussi beaucoup d’estime auprès des autres tribus de la région. Sa renommée fut rapportée vers 1875 au roi du Maroc Hassan Premier (1836 / 1894) roi du Maroc de 1873 jusqu’à sa mort le 7 juin 1894.Le roi profita d’une sortie de chasse à la gazelle dans la région et envoya ses éclaireurs pour demander à ce notable du Grand Atlas de s’associer à la chasse puisqu’il était censé bien connaître le pays

Ce dernier ne pouvait espérer tant d’honneur et mobilisa toute sa tribu pour accueillir le souverain comme il se devait. Le roi ne manqua pas de remarquer que son hôte méritait bien sa renommée et qu’il avait aussi deux fils Omar (1850-1934) et Houcine (mort en 1904 ) déjà adultes, lettrés et valeureux comme leur père.

Fondation d’Oumnas

Pour remercie Haj Ali Sougtani pour sa sollicitude, le roi Hassan premier lui demanda de lui envoyer ses fils à qui il désirait confier une mission de haute importance. C’est ainsi dit-on qu’en 1880 Omar et Houcine ont été désigné pour représenter l’autorité du roi ( Omar en tant que Caïd ) dans une région qui s’étendait à partir de Tameslouht (15 km au sud de Marrakech vers Amizmiz) sur un territoire d’environ 70 km de rayon vers le Haut Atlas et dont Oumnas deviendra après sa fondation (vers 1885) la capitale de la tribu Sougtana. Pour s’installer dans leur fonction qui consistait à

gouverner cet espace au nom du pouvoir central du roi, Omar, Houcine et leurs compagnons ramenèrent la majorité de leurs proches et de leurs guerriers et choisirent ce site auquel ils donnèrent le nom d’Oumnas (nom emprunté parait-il à un village de la région où ils vivaient avant). Il construisent d'abord la petite Casbah et le premier village qui l’entourait. On peut voir encore les restes à partir du Riad.

Début de la construction du Riad et de la grande Casbah. / . Participation de la tribu sektana avec Caid Omar , ses guerriers et d’autres tribus du sud (Glaoui , Issa Ben Omar , Goundafi...)à l’assaut contre ROUGUI Bou Hmara

Les deux Omar et son frère Hocine contrôlèrent rapidement le territoire qui leur a été affecté après quelques guerres, entre autres celle contre les Goundafas, qui voulaient annexer Sougtana et autres tribus limitrophes à leurs territoires. Une fois la tribu renforcer, les deux frères organisèrent la vie de la tribu et se consacraient à leurs activités agricoles dont le point fort était les céréales, l’olivier et l’élevage ovin et bovin.Vers 1895 ils commencèrent la construction du Riad et de la Grande Casbah (côté est du Riad) la petite casbah (élevée à l’ouest du Riad) ne suffisait plus à abriter toute la famille. En janvier 1903, Mennebhi nouveau ministre de la guerre désigné par le roi Moulay Abdelaziz, organise une grande Harka (expédition militaire ) avec les tribus Loyales au trône et part à l'assaut de l’armée de Bou Hmara, qui menait une révolte pour destituer le roi. Bou Hmara ( ou le «pseudo Moulay M’Hammed») sera chassé de Taza, il s'échappera à l'extrême nord-est pour se réinstaller à la Kasba de Selouane et «règnera encore pour six années» dans cette région.Au retour de cette expédition, le roi My Abdelaziz favorisa le Caïd Goundafi qui était le plus influent en lui confiant par décret la tutelle sur les petites tribus limitrophes dont la tribus Sektana ennemi N° 1 des Guondafa à l’époque.

Pour ce fait on fait emprisonner le caïd Omar Sektani à Fès, car il s’est révolté contre cette décision royale. Dans la même année le Caïd Omar s’est évadé de sa prison de Fès et rejoint sa famille à la Zaouïa (Marabout) de Moulay Ibrahim où elle s’est réfugié en fuyant le Caïd Guondafi , qui a saccagé la Kasbah d’Oumnas en profitant de l’absence forcée du caïd Omar Sektani. Au début de 1904 quatre tribus dont Sektana, Mtougga etc… aidées par les Glaouas se sont alliées pour repousser les Gondafas et récupérer leurs Territoires occupés par le Guoundafi. Et c’est dans cette lutte que Houcine le frère du caïd Omar a été enlevé par les guerriers du Gondafi et décapiter par ses ordres .Les 3 années qui suivaient, étaient calme et chaque tribu s’occupait de son développement économique et sociale. Le caïd Omar a pu rénover le Riad et réparer ce que les Gondafas avaient détruit lors de l’occupation de Oumnas . Le demi-frère du roi Moulay Hafid s’est proclamé roi du Maroc et par décret il a renommé les caïds du sud à leurs places dont Omar Sektani ce qui ne plaisait pas au puissant Goundafi qui est resté fidèle au roi My Abdelaziz.

Le Débarquement Français à Casablanca pour soutenir My Abdelaziz roi du Maroc contre son Frère Moulay Hafid qui s’est proclamé aussi Roi du Maroc

En 1907, le Caïd Omar Sougtani sera chargé par My Hafid pour commander les tribus du sud dans une Harka (expédition militaire) qui avait coalisé plusieurs tribus offusquées par l’arrivée des forces coloniales. Contre ces troupes françaises venues soit disant soutenir le roi légitime Moulay Abdelaziz (Débarquement de 1907 port Casablanca), la Harka (expédition militaire) voulait les empêcher à la plaine de Chaouia d’avancer sur Marrakech. Avec leur armement moderne, les français ont décimée la dite Harka et fait prisonnier ses chefs dont Caïd Omar Sougtani. Condamné à mort, il passa plusieurs mois dans une prison appelée Mesbah à Fès, avant que le Maréchal français Liautey ne prône une nouvelle politique de pacification en s’alliant maintenant avec My Hafid . My Abdelaziz sera destitué, et My Hafid est de nouveau roi du Maroc ,

les tribus rebelles seront réhabilitées et les chefs de tribus arrêtés libérés en leur expliquant que le roi du Maroc a signé un accord avec la France et que cette dernière a envoyé ses militaires pour protéger le royaume des visées des autres puissances occidentales, pour moderniser son armée et son administration territoriale, et que désormais ils auront à travailler avec des administrateurs français mais toujours sous l’autorité et les ordres du roi. du Maroc ... Ils furent libérés et reçurent alors chacun un Dahir (acte solennel signé par le roi) et reprirent leurs fonctions en tant que représentants du roi chacun dans son fief (nous avons quelques copies de Dahirs concernant Caïd Omar : 1918 ; 1925 ; 1926 ; 1928 ; 1930 …). C’est dans ce contexte, en 1913, que le Caïd Sougtani fut immédiatement appelé à réunir les cavaliers de sa tribu pour chasser, avec l’aide d’autres tribus, les adeptes d’Ahmed El Hiba qui menaçaient de prendre Marrakech.

Au retour à Oumnas il se consacra à l’activité la plus importante à son avis, l’agriculture. Parallèlement au grand intérêt qu’il accorda à l’agriculture, le Caid Omar Sougtani reprit son œuvre de bâtisseur jusqu’en 1934, date à laquelle

il mourut à la survivance de trois fils, dont l’ aîné Caid Mohamad Sougtani, fut nommé par Dahir dans le poste de son père.

Mohamad Sougtani quitta son poste au lendemain de l’indépendance du Maroc et garda tout au long de sa vie le prestige de la famille Sougtani et la paternité de la tribu des Sougtana dont il aimait parler avec une fierté inégalée. Il mourut en 1968 sans laisser de descendance. Aujourd’hui ce sont nous, ses neveux, qui essayons de faire revivre ces lieux chargés d’histoire dont, hélas, nous ne connaissons que les quelques bribes que nous venons de vous citer.